Comment reconnaître et investir dans des actions value

Oubliez la logique du « tout vert ou tout rouge » sur vos applis boursières : investir n’a jamais été aussi complexe qu’en 2020. Les marchés s’envolent, les économistes s’écharpent, et l’incertitude plane au-dessus des indices qui battent record sur record pendant que la réalité économique se fissure. On parle ici de risques réels et d’opportunités à saisir, mais sans mode d’emploi unique.

Quelles actions acheter et comment investir sur le marché boursier en 2020 ?

La question taraude de nombreux investisseurs : les records affluent sur les marchés boursiers alors que l’économie réelle montre des signes de fragilité. Chaque semaine apporte son flot d’annonces pessimistes, de rapports contradictoires. Difficile de tracer une voie sûre.

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Dans une telle ambiance, comprendre les forces macroéconomiques en jeu devient la seule manière d’éclairer ses choix. Cela suppose d’identifier les bonnes catégories d’actions, puis d’observer de près quelques sociétés phares qui illustrent concrètement les grandes tendances du moment.

Comprendre les cycles économiques : un repère clé pour investir

L’économie mondiale n’avance pas en ligne droite. Elle alterne des périodes d’élan et des temps plus sombres. Ces cycles rythment la rentabilité de la Bourse et conditionnent la pertinence des différentes stratégies de placement à moyen terme.

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La performance des actions varie selon la phase du cycle économique. Un investisseur averti doit localiser avec justesse la dynamique à l’œuvre pour placer ses billes avec clairvoyance. Fidelity Investments propose un schéma qui synthétise parfaitement cette évolution : il met en parallèle les grandes étapes du cycle, les variations de l’inflation et le comportement des principaux actifs.

Pour se repérer dans ces mouvements, certains signaux sont particulièrement suivis :

  • le niveau des bénéfices des entreprises;
  • les taux d’intérêt fixés par les banques centrales;
  • la trajectoire de l’inflation;
  • le taux de chômage;
  • l’indice PMI manufacturier.

Une fois ces données croisées, on distingue ordinairement quatre phases dans le cycle :

  • Reprise : le PIB et les profits redémarrent avec vigueur, l’optimisme revient après la tempête.
  • Expansion « de croisière » : la période la plus longue, marquée par une croissance solide mais sans excès et des entreprises en pleine forme.
  • Fin d’expansion : l’activité atteint un pic, on remarque des signes de ralentissement, l’inflation s’invite et commence à rogner les marges. Les valorisations s’étirent.
  • Récession : le repli domine, les bénéfices chutent, le crédit se raréfie.

2020 : à la frontière de la fin de cycle

Pour saisir où l’on se situe en 2020, mieux vaut ouvrir les yeux sur quelques baromètres scrutés par les grands acteurs financiers, à commencer par le marché du travail américain.

Le chômage ultra-bas aux États-Unis

La décennie écoulée a ramené le chômage à un plus bas historique outre-Atlantique. Conséquence directe : la guerre des talents s’intensifie, les entreprises se voient contraintes d’augmenter les salaires pour retenir ou attirer la main-d’œuvre, ce qui érode inexorablement leur rentabilité.

L’expérience montre qu’un taux de chômage inférieur à 4 % engendre des tensions pour embaucher et freine en fin de compte la dynamique de croissance. Les prix suivent, l’inflation se réveille, rognant encore un peu plus les marges bénéficiaires. Les dernières années l’ont bien illustré aux États-Unis.

Au final, le cocktail chômage bas et hausse des coûts signale souvent un palier atteint dans la phase d’expansion.

Le PMI manufacturier en baisse

L’indice PMI reflète l’ambiance chez les acheteurs du secteur industriel. Tant qu’il reste au-dessus de 50, la croissance domine. Mais depuis le printemps 2018, le PMI américain reflue lentement. Résultat : l’activité industrielle ralentit, les rendements boursiers des valeurs du secteur suivent la même pente descendante.

L’évolution des taux d’intérêt

Quelques coups d’œil aux mouvements de la Réserve Fédérale suffisent à le confirmer : la Banque centrale américaine a réduit ses taux directeurs à trois reprises sur six mois fin 2019, puis a laissé entendre qu’elle ferait une pause. Certains anticipent encore une baisse pour le premier semestre 2020. Ce mouvement de soutien monétaire approche de son terme.

Le faisceau d’indices de la fin de cycle

Après onze ans d’expansion, les États-Unis ne cachent plus les signaux précurseurs d’une nouvelle ère. Ils tiennent sur deux fils : un retour brutal à des taux d’intérêt plus hauts, ou un événement extérieur inattendu (géopolitique, sanitaire, etc.). Les analystes placent l’Europe et l’Amérique du Nord à la toute fin de l’expansion. Quant à la Chine, elle reste sur une trajectoire positive mais avec un rythme en retrait par rapport à ses années précédentes.

Les signaux classiques : inflation, taux et marchés volatils

Lorsque les marges se contractent, la tentation est forte pour les entreprises d’augmenter leurs prix afin de sauvegarder un minimum de profitabilité. Les banques centrales réagissent alors en resserrant leur politique monétaire. Mais si les taux sont relevés trop vite, l’accès au crédit se complique, la récession guette et les marchés accusent le coup.

Dans cet environnement, la prudence s’impose : difficile de justifier l’investissement massif sur les actions alors que les valorisations atteignent des sommets. Disperser son patrimoine entre plusieurs classes d’actifs s’avère donc judicieux, liquidités, immobilier, matières premières ou cryptomonnaies trouvent aussi leur place.

À ce contexte déjà chahuté s’ajoute l’effet années électorales aux États-Unis : historiquement, une majorité de ces années a été favorable au marché, mais la pression sur le maintien des indices reste forte jusqu’en novembre.

Quels secteurs viser pour 2020 ?

En phase finale de cycle, certains secteurs affichent une meilleure résistance. Ce sont ceux où la demande ne fléchit pas, même en période de ralentissement :

  • soins de santé ;
  • biens de consommation courante ;
  • services publics ;
  • matières premières ;
  • énergie.

On mise donc sur les besoins fondamentaux : manger, se soigner, se chauffer, s’éclairer. La stabilité prime, et ces segments souffrent moins dans les périodes de crispation.

Le profil d’action à cibler : résilience et performances solides

Pour traverser les turbulences de fin de cycle, certaines qualités ressortent chez les entreprises cotées :

  • des revenus récurrents et prévisibles ;
  • une structure financière robuste, peu d’emprunts ;
  • une forte capitalisation boursière.

La capacité à imposer ses tarifs même en période difficile fait la différence : c’est le privilège des groupes bâtis sur une marque dominante, un brevet inédit ou un réseau inattaquable. On pense à des géants comme Apple ou Coca-Cola, capables de maintenir le cap alors que d’autres vacillent.

L’approche dite « value » privilégie ces entreprises bien installées, à la fois rentables et capables de tenir leur rang sur la durée. Mais il faut se méfier des titres portés par le simple élan de mode : si le vent tourne, ils risquent de décrocher beaucoup plus vite.

Des cas concrets d’actions à suivre de près

Ces orientations générales prennent sens à travers des exemples réels, issus de secteurs variés. Ils n’ont pas vocation à constituer des conseils d’achat, mais illustrent les critères de sélection évoqués plus haut.

Ipsen

Ipsen, groupe biopharmaceutique français, ambitionne une expansion internationale équilibrée et s’efforce de sortir un nouveau traitement chaque année. Sa croissance est impressionnante, avec des projections élevées sur cinq ans. Les finances sont solides, la dette limitée, et la politique de rachat d’actions bénéficie aux actionnaires. Le titre s’échange autour de 65 €.

Deux points de vigilance : l’absence de PDG en poste, qui interroge du côté de la gouvernance, et la forte dépendance à quelques médicaments-phare, exposant le cours à de brusques variations liées aux annonces médicales. Il s’agit d’un choix potentiellement lucratif, mais réservé aux investisseurs conscients du risque.

Johnson & Johnson

Ce géant mondial de la santé pèse plus de 380 milliards de dollars et déploie plus de 260 filiales. Sa croissance attendue est régulière, autour de 6 % annuel, preuve d’une solidité à toute épreuve. Sa notation financière AAA est rare et témoigne d’une gestion remarquable.

Même avec un rythme modéré, la constance séduit : Johnson & Johnson affiche 57 ans de dividendes en progression et un rendement proche de 2,6 %. Un pilier défensif, prisé en quête de rentabilité et de sécurité.

Danone

Danone joue dans la cour des grands de l’agroalimentaire, présence mondiale et gamme variée : laitiers, végétaux, nutrition spécialisée, eaux. Après un trou d’air boursier à l’automne 2019, le cours a chuté de 82 à 71 €.

Même si certaines divisions avancent plus vite que d’autres, la rentabilité globale reste élevée, avec des marges opérationnelles à 14 %. Le dividende ne faiblit pas depuis 2007, assurant une rentabilité moyenne de 2,58 % sur cinq ans. Le titre se négocie à des niveaux inférieurs à ceux des concurrents directs.

Coca-Cola

Impossible de passer à côté de ce mastodonte des boissons : l’entreprise dispose du réseau de distribution le plus puissant au monde. La marque, responsable de 3 % des boissons consommées quotidiennement, offre une stabilité difficile à égaler.

Sa capacité à interrompre ses livraisons à un grand distributeur français en 2020, sans réelle menace pour son bilan, donne la mesure de sa force commerciale. Les marges sont spectaculaires, tout comme la série de plus de 40 ans de dividendes en hausse. Mais le titre présente aujourd’hui une valorisation qui paraît tendue, ce qui pourrait annoncer un prochain ajustement.

Air Liquide

Leader mondial des gaz industriels et médicaux, Air Liquide est installé dans plus de 80 pays et pèse plus de 60 milliards d’euros. Sa présence sur le marché de l’hydrogène et dans la santé lui fait prendre position sur des secteurs porteurs.

La solidité de ses contrats long terme fonctionne comme un matelas : en 2018, alors que le marché reculait de 11 %, Air Liquide a progressé. La politique d’attribution d’actions gratuites et le versement régulier du dividende font du titre une valeur rassurante pour la durée. Mais le niveau du PER reste au plus haut, incitant à ne pas investir sans réfléchir au timing.

Opérer un choix raisonné sur les actions en 2020

Il ne s’agit pas de compiler une liste à recopier, mais de réfléchir à la logique derrière chaque sélection. L’étape-clé consiste à repérer les grandes valeurs disposant de marges de manœuvre, capables d’influencer leurs marchés et d’afficher une solidité financière sans faille.

L’attention portée à l’endettement reste cruciale, les taux bas ne sont pas éternels. Mieux vaut cibler les entreprises dont la viabilité ne dépend pas des conditions de crédit.

On retient toujours les mêmes piliers : santé, consommation de base, services publics, énergie, ressources. D’autres grands noms pourraient compléter ce panorama, de la tech américaine aux groupes du luxe mondial et jusqu’aux champions de l’or.

Ce qui compte, ce n’est pas le nombre de titres surveillés, mais la profondeur de l’analyse et la rigueur sur le prix d’achat. Les meilleures sociétés, mal achetées, pèsent sur la performance.

Diviser ses investissements, les étaler dans le temps, rester liquide pour saisir les opportunités quand elles se présentent : voilà l’attitude qui permet de traverser les tempêtes et d’avancer avec sang-froid face à la volatilité des marchés.

Certains intégreront aussi les matières premières, l’immobilier ou même les cryptomonnaies pour doper la robustesse de leur portefeuille.

Vers quels groupes orientez-vous votre regard en 2020 ?

L’heure est au débat sur vos convictions et partis pris d’investisseurs.

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