À quoi sert vraiment la bourse dans l’économie actuelle ?

Il y a un paradoxe sur le marché boursier qui appartient au monde financier. Que l’on croit que le marché boursier est irréel, purement spéculatif et ne participe en aucune façon à l’économie réelle, alors que dans un second temps, lorsque l’économie est en berne, lorsque l’emploi est menacé, les gens ignorent (peut-être à juste titre) que le système capitaliste dans lequel nous vivons le cancer et les actions marché : l’outil de toutes les dérives.

Mettons de côté les jugements à l’emporte-pièce sur le système économique et concentrons-nous sur ce qui relie la bourse et l’économie réelle. L’idée, ici, c’est d’éclaircir les rôles et les interactions, sans jargon inutile, pour mieux saisir ce qui se joue derrière les fluctuations boursières et les idées reçues qui circulent encore largement.

Alors, la bourse, c’est du vent ou c’est du solide ? Un détail de cinéma illustre la perception populaire : dans Le Loup de Wall Street, un courtier iconique n’a que faire de la réussite de ses clients. Il vend le rêve bien plus volontiers que la réalité, dessinant une caricature qui colle à la peau du secteur. Mais il faut aller au-delà de la fiction et démêler ce qui façonne, jour après jour, les liens subtils entre cotations, entreprises et quotidien.

Distinguer marché primaire et marché secondaire

Avant toute chose, il vaut mieux garder en tête la fonction première des marchés : financer le développement des sociétés. Tout commence sur ce qu’on appelle le marché primaire.

Le marché primaire : point de départ du financement

Lorsqu’une société ambitionne de croître, elle a plusieurs cartes à jouer. Emprunter auprès d’une banque reste un réflexe classique, mais ce n’est pas toujours à portée de main. Il existe d’autres leviers : ouvrir son capital au public grâce à une IPO (introduction en bourse), ou encore émettre des obligations pour solliciter directement les financements auprès de multiples investisseurs.

L’IPO fait naître de nouveaux actionnaires : particuliers, institutionnels ou banques, tous peuvent acheter une part d’avenir. Leur motivation ? Espérer voir grimper la valeur de leur investissement, et parfois, décrocher une part des bénéfices sous forme de dividendes.

La privatisation de la Française des Jeux, fin 2019, offre un exemple frappant. Sollicité sur le sujet à la télévision, j’avais alors mis en garde contre les discours trop flatteurs sur ce que toucheraient réellement les investisseurs, impôts déduits. D’ailleurs, la période qui a suivi, secouée par la crise sanitaire, a montré à quel point la valorisation d’une société pouvait tenir bon… ou perdre de son éclat sur le long terme.

Au fond, le marché primaire entretient très concrètement l’économie réelle en injectant des ressources là où les entreprises en ont le plus besoin, dès le départ.

Le marché secondaire : lieu des échanges quotidiens

Une fois les titres émis, ils changent de mains entre investisseurs via le marché secondaire, autrement dit : la bourse, dans son tumulte quotidien. Ici, ce ne sont plus les sociétés qui reçoivent de l’argent lors des transactions, mais uniquement les vendeurs de titres et les nouveaux acquéreurs. Les échanges s’enchaînent, l’argent passe d’un portefeuille à l’autre, la volatilité s’en mêle et la spéculation devient reine.

Dire pour autant que ce marché n’influence plus rien dans l’économie ? Ce serait occulter de nombreux impacts bien réels.

Le cours de l’action : un baromètre stratégique

Pour toute entreprise cotée, la valorisation boursière n’a rien d’anecdotique. Elle représente avant tout une forme de protection : avec une capitalisation trop basse, la société devient une proie facile pour des investisseurs opportunistes capables d’imposer leur stratégie à l’ensemble des actionnaires voire de changer la direction contre son gré.

Un bon niveau boursier, c’est aussi la clé pour inspirer confiance aux banques, convaincre de futurs partenaires et, souvent, s’ouvrir la possibilité de nouvelles augmentations de capital. Il faut le dire : ce chiffre compte, et certains dirigeants y voient aussi un moyen d’augmenter leur propre rémunération.

Voici à quels acteurs un cours élevé bénéficie directement :

  • Actionnaires : ils cherchent avant tout à valoriser leur mise. Si le cours baisse trop, l’argent s’évapore et d’autres placements plus fiables les happent.
  • Dirigeants : leur succès, jugé sur des indicateurs boursiers, influence souvent leur variable de rémunération. Stock-options, primes : le système les incite à garder la confiance des marchés.
  • Cadres et salariés : via des programmes d’actions ou d’intéressement, la progression du titre a aussi une incidence directe sur leur participation aux résultats.

Cependant, vouloir stabiliser ou gonfler le cours coûte que coûte conduit à des choix de gestion très concrets. Jetons un œil aux principales conséquences sur la stratégie.

Priorité au court terme : la pression des marchés

Lorsqu’une entreprise rend des comptes de façon régulière, la tentation grandit : annoncer de la croissance maintenant, même au détriment d’une vision robuste dans cinq ou dix ans. L’urgence du trimestre dicte parfois la moindre décision.

Quelques cas de figure illustrent cette réalité :

  • Investir dans un outil rapidement rentable, quitte à ce qu’il soit obsolète dans deux ans, on maximise les gains du moment, sans sécuriser l’avenir.
  • Reporter ou refuser des mesures pour améliorer la vie au travail, sous prétexte que le retour sur investissement n’arrivera que trop tard alors que les marchés attendent des résultats instantanés.

À force de jongler d’un trimestre à l’autre, il n’est pas rare que le cap à long terme finisse par se dissoudre dans l’urgence.

La redistribution des bénéfices : dividendes et arbitrages

L’actionnaire espère en général deux types de gains : la revalorisation de ses titres et le paiement de dividendes. Rien, pourtant, n’oblige une entreprise à en distribuer chaque année, beaucoup y ont renoncé en 2020, préférant préserver leur trésorerie ou profiter du recours au chômage partiel en période de crise sanitaire.

Le dividende attire ceux qui cherchent du rendement, comme une banque réclame ses intérêts sur un prêt. Mais ponctionner trop de liquidités via ces versements, c’est aussi risquer d’assécher les capacités d’innovation ou d’investissement. Les arbitrages sont réels, et ils transparaissent dans les choix économiques quotidiens.

Le rachat d’actions : une mécanique artificielle

Certains groupes utilisent un autre levier : racheter leurs propres actions, puis les annuler. Cela réduit le nombre de titres sur le marché, fait grimper mécaniquement le bénéfice par action et soutient la valorisation. Pourtant, la question se pose alors : une société qui mobilise sa trésorerie ainsi ne manque-t-elle pas de vraies perspectives de croissance ?

Prendre position, sortir du lot

Gérer ses placements, limiter les déconvenues et dépasser les statistiques demande méthode et discipline. Pour ceux qui veulent aller plus loin, j’ai mis au point un calculateur d’action Excel, accessible via mes lettres confidentielles™, afin de partager stratégies et outils sans détour.

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Et si la bourse devenait une porte d’entrée ?

Comprendre les rouages économiques permet d’affiner son approche et de prendre de meilleures décisions en matière d’investissement. Le prix d’un titre raconte à la fois l’état de santé d’une société et l’estime que les investisseurs lui portent. Psychologie collective, attentes du marché et incitations jouent dans la balance, bien plus qu’on ne l’admet parfois.

Si l’on se penche sur le fonctionnement des banques centrales, on comprend le raisonnement qui pousse les actions à progresser sur la durée. D’ailleurs, la vente d’un titre comporte bien souvent plus d’incertitudes que son acquisition.

À mesure que l’on décrypte ces mécanismes, une réalité s’impose : le marché boursier pèse sur l’économie réelle, à chaque instant. Ce point de vue ne cherche pas à trancher entre mythe et vérité absolue. Simplement, il est urgent de voir la bourse telle qu’elle est : un terrain où se dessinent des arbitrages concrets, parfois abrupts, parfois porteurs.

Pour synthétiser, voici les grands enseignements à retenir :

  • Le marché primaire donne accès à de nouveaux financements pour les entreprises.
  • Le marché secondaire permet d’échanger des titres sur la seule base de l’offre et de la demande, produisant, là encore, des impacts sur l’économie réelle.
  • Les entreprises cotées surveillent leur valorisation et n’hésitent pas à utiliser leviers financiers (dividendes, rachats d’actions) pour la soutenir.

Un sujet vous travaille ? Faites-le savoir, vos questions inspirent les prochaines réflexions à venir.

😊 Références

  • Capital, consulté le 24 avril 2020.
  • Thomas Porcher, Traité d’économie hérétique, édition Plurielle, p.113, consultation du 7 avril 2020.

La bourse tisse encore et toujours ces liens discrets avec notre quotidien. Les arbitrages et prises de risques d’aujourd’hui façonneront l’économie de demain. De quoi regarder les marchés d’un autre œil, loin des clichés du grand spectacle.